Mobilographe, nm. personne qui prend des photographies à l'aide d'un téléphone mobile. Voici une nouvelle définition qui pourrait bientôt faire son entrée dans les dictionnaires.
On la doit à Thomas Dudan, jeune artiste de 25 ans, qui s'adonne à un exercice qui pourrait paraître banal: photographier le quotidien avec un des objets les plus représentatifs de sa génération, un photo-téléphone portable.
Ce faisant, Thomas Dudan se libère de toute contrainte pour revenir au medium dans sa plus simple expression, incarnation moderne de l'intiale camera obscura inventée par Leonard de Vinci. Avec un objectif de la taille d'une tête d'épingle, il offre un voyage impressioniste et mystérieux au coeur des villes, entre ombres et lumières. Nous entrons dans un monde fait d'instantanés, où toute notion de dimension devient improbable et où le réel se perd dans d'étranges énigmes.
Dans les images de Thomas Dudan, un pavé se donne des allures de banquise, les reflets des façades plongent dans de profonds abîmes et les feux des voitures embrasent les avenues. On ressent les éléments. L'eau, le feu, l'air, la terre sont les acteurs de ce kaleïdoscope.
Anne-Lise Fontan, Gscope n°51
Thomas Dudan vingt-cinq ans et déjà un très grand photographe.Ou plutôt... mobilographe,le terme approprié pour qualifier ceux qui captent des images avec leur téléphone portable.
Esthète de l'instantané,Thomas Dudan manie son mobile comme un prolongement de lui-même,joue avec la lumière et saisit des fragments de réel aux tonalités éclatantes.L'exposition présentée au Salon jaune de l'hôtel de ville dans le cadre du Festival des Sony World Photography Awards consacre sa vision unique de notre quotidien.
Depuis toujours Thomas Dudan est immergé dans l'univers de la photographie.
A travers son père lui-même photographe.
A travers de ses études d'art graphique, où il s'exerce à l'art de la photo, du studio, du développement.
Une vraie culture photographique dans son aspect le plus historique,leplus originel, loin de l'hégémonie actuelle du numérique:"Pour moi l'appareil argentique est la meilleure manièrevd'obtenir des résultats. Et puis je suis un amoureux de l'objet. Le bruit du mécanisme est un enchantement que l'on ne peut pas ressentir avec un numerique". Un jour pourtant, il passe sans transition de l'argentique au portable. Un choix pas si anodin que cela "J'aime cette notion d'instantanéité, de légereté, de maniabilité de l'outil que je peux conserver sur moi en permanence. Le téléphone portable est dans la descendance directe du polaroïd, appareil photo populaire par excellence. Sa particularité est de posséder un objectif de la taille d'une tête d'épingle, au travers duquel se créent des accidents visuels propices à la création. Peu à peu, on apprend à les détecter. L'appareil photo dans sa plus imple expressions..."
Onirisme originel
la simplicité, un maître-mot pour Thomas qui s'en référe volontiers aux origines:
« Pour moi, ce qui est simple est beau, Cest l'essence même de la photographie, à l'image de ce que produisent les stenopes ou la camera obscura de Leonard de Vinci.
Ou encore plus près de nous la lomographie ce mouvement né dans les années 80-90 du succès de l'appareil photo soviétique
de mauvaise facture, le Lomo LC-A. Son boitier était percé de trous, la lumière passait sur la pellicule et réservait des surprises au développement ce qui donnait un coté onirique à l'image".
Un onirisme que le jeune homme a retrouvé dans l'usage du téléphone portable, se faisant ainsi mobilographe. Un terme dont il ne revendique pas
la paternite mais dans lequel il se reconnaît tout en concedant le caractère précurseur de son activité:"Je suis a ma connaissance, le premier à ne travailler que de cette façon. Mais quelque part nous sommes tous des mobilographes! Tout le monde peut s'essayer à capturer une image, a capter la lumiere".
La lumiere qu'il traque, guette, qui l'inspire tant:" J'ai un coté mystique, j'aime cette quête de la lumière. Elle est au centre de tout depuis des milliers d'années depuis l'adoration d'Osiris jusqu'à l'invention de la télévision!" De la moindre variation lumineuse sur une
scène classique de notre quotidien il tire une veritable oeuvre d'art spontanée.(...) Sur son exposition cannoise il pose un regard presque émerveillé, empreint de la simplicité et de la modestie qui le caractérisent:"Je suis très honoré qu'on expose mon travail dans le cadre des Sony World Photography awards. Je suis même plutôt impressioné au vu des grands photographes qui prennent part à la manifestation!"(...)
Cannes Soleil n°85, avril 2009